Agnelage et conduite des agneaux avant le sevrage

Adoption des agneaux

Dans les petits troupeaux ou lorsque l’agnelage s’étale sur une longue période, les techniques permettant de faire accepter à une brebis un agneau qui ne soit pas le sien, sont rarement utilisées. Le berger peut faire téter, tous les jours et plusieurs fois par jour, un agneau dont la mère n’a pas assez de lait, en le mettant à la mamelle d’une brebis en ayant beaucoup. Dans les grands troupeaux ou lorsque l’agnelage s’effectue sur un temps court devient une pratique courante. Les cas d’adoption sont les suivants:

  • Une brebis n’a pas assez de lait. L’agneau (un des deux agneaux en cas de naissance gémellaire) doit être donné à une brebis ayant beaucoup de lait.
  • La brebis meurt. L’agneau survivant doit trouver une mère adoptive.
  • La brebis donne naissance à 3 agneaux. Le plus faible des trois doit obligatoirement être enlevé et donné à une autre brebis.
  • La brebis refuse son agneau.

Tous les bergers connaissent généralement quelques tours pour leurrer une brebis à accepter un agneau qui ne soit pas le sien. Aucune technique cependant n’est efficace à 100% et le succès dépend surtout du savoir-faire du berger et du temps passé entre la naissance de l’agneau et sa tentative d’adoption. Les principales techniques d’adoption sont la substitution et l’addition.

1. Substitution

C’est la situation la plus simple, et beaucoup de méthodes peuvent être utilisées avec succès si l’adoption de l’agneau vivant est exécutée rapidement après la mort du premier agneau avant l’établissement du lien mère-jeune.

Si la brebis donne naissance à un agneau mort-né, l’agneau à adopter est immédiatement roulé dans le liquide amniotique et frotté contre l’agneau mort-né de façon à ce que toutes les parties de son corps soient recouvertes de membranes fœtales. Pour donner l’illusion d’un agneau nouveau né, les membres antérieures de l’agneau à adopter sont entravés, l’empêchant de se lever. La brebis en léchant les membranes fœtales s’accoutume à l’odeur de l’agneau et le prend pour le sien. Bien souvent, en utilisant la même technique il est possible de faire accepter un deuxième agneau à la brebis ne donnant naissance qu’à un seul.

Si aucun liquide ou membrane fœtale ne sont disponibles, l’agneau à adopter peut être immergé complètement dans de l’eau salée. Parfois, la brebis attirée par le sel lèche l’agneau et s’accoutume ainsi à l’odeur du nouvel agneau.

Dans le cas où l’agneau meurt plusieurs heures après sa naissance, l’adoption d’un nouvel agneau est beaucoup plus délicate car le lien entre la mère et son petit est déjà bien établi. La meilleure technique encore, bien qu’elle soit très controversée au point de vue hygiénique, est le découpage de la peau de l’agneau mort d’une façon bien précise afin de pouvoir l’enfiler comme un pull-over sur l’agneau à adopter. La brebis est alors très confuse car bien qu’en sentant l’odeur d’un agneau étranger, l’odeur de son propre agneau est prédominante. Bien souvent si la brebis et l’agneau sont isolés, la brebis accepte le nouvel agneau dans les quelques heures suivantes. La peau ne doit pas rester plus de 48 heures car en climat chaud, la putréfaction est rapide.

Une plus récente technique (méthode de la stockinette) pratiquant le même principe de la confusion utilise un tissu synthétique et élastique (tissu orthopédique utilisé pour protéger la peau lors de la pause d’un plâtre) de 12 centimètres de diamètre et entaillé de façon à laisser passer la tête et les pattes. Ce tissu est frotté contre l’agneau mort, permettant au tissu d’absorber l’odeur, et placé sur l’agneau à adopter.

2. Addition

L’addition d’un agneau. L’addition d’un agneau à une brebis n’en ayant qu’un seul est beaucoup plus difficile car la brebis a toujours son propre agneau comme une référence pour comparer les odeurs ou les caractéristiques visuels. Cette adoption peut se faire par contrainte ou par confusion.

a. Méthode de la contrainte

Cette méthode empêche la brebis de voir ou de sentir ni son propre agneau ni l’agneau à adopter. La brebis est placée dans une espèce de case lui permettant de se lever et de se coucher mais ne lui permettant pas de tourner la tête. La brebis ne sachant pas lequel est son agneau permet au deux agneaux de téter. Après deux ou trois jours elle finit par accepter le nouvel agneau comme le sien.

b. Méthode de la stockinette

Cette méthode provoque la confusion chez la brebis est plus efficace et moins stressante que la méthode de la contrainte. Une stockinette est placée sur l’agneau simple d’une brebis et sur un agneau à adopter aussitôt que possible après leur naissance. Avant que l’agneau à adopter soit présenter à la brebis, les stockinettes sont échangées entre les agneaux. Le plus souvent, la brebis ne peut pas reconnaître son propre agneau et accepte les deux.

Avant de tenter l’adoption d’un agneau il est utile de savoir que:

  • En général, toutes les méthodes d’adoption sont plus efficaces si les tentatives sont pratiquées à la naissance ou peu de temps après la naissance.
  • L’adoption est déclarée réussie lorsque la brebis permet au nouvel agneau de téter sans manifester des signes d’agression.
  • Les jeunes femelles au premier agnelage acceptent les agneaux étrangers plus facilement que les brebis âgées.
  • La brebis et son ou ses agneaux doivent être isolés du reste du troupeau pendant 2 à 3 jours pour renforcer le lien entre la brebis et son agneau adoptif.